Trésors
Kartenloßbuch
Dans ce recueil factice (assemblage de documents divers sous une même reliure) contenant 18 titres, ce « livre de sorts » se distingue par ses très nombreuses illustrations. Daté de 1543, il était destiné non pas au jeu...
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Cet impressionnant panorama du Ballon de Guebwiller qui une fois déplié, atteint 2 mètres de long, est un document remarquable. Il permet à la fois de survoler les crêtes vosgiennes et de plonger dans l’histoire du...
Les vacances d’été sont déjà loin mais pourquoi ne pas se plonger avec plaisir dans un livre rappelant agréablement l’air marin, le sable chaud et les trésors que la mer renferme ?
Les délices des yeux et de l’esprit de...
L’automne s’invite en douceur. L’été s’éloigne sans hâte, tandis que la lumière se tamise et que l’atmosphère s’adoucit. Peu à peu, les teintes chaudes et les senteurs boisées s’installent dans le paysage… Dans ce décor...
Au début du 19e siècle, la silhouette de Mulhouse connaît une transformation majeure : ses remparts disparaissent progressivement et l’espace au-delà des fossés s’urbanise lentement. C’est ainsi que sur la gravure de Matthieu Mieg de 1810, au-delà d’un Rebberg très viticole, apparaissent des constructions devant l’ancienne porte du Miroir ainsi que le nouveau cimetière circulaire entouré d’arbres ouvert en 1803 à l’emplacement de l’actuel lycée Montaigne. En 1812, on aurait même pu voir la cheminée de la première machine à vapeur !
Bernard Jacqué, Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Mieg, du levant au couchant
1826-1836 : Nouveau Quartier et cheminées, la radicale mutation du paysage urbain
Deux événements majeurs marquent les années 1810 : les portes puis les murailles commencent à tomber sous le coup des démolisseurs ; les manufactures adoptent la machine à vapeur.
Jusque-là, à quelques exceptions près, les manufactures s’étaient installées dans « la clandestinité paysagère » du bâti disponible de la vieille ville. À l’aube du 19e siècle, les industriels se ruent hors-les-murs et enserrent la vieille ville dans une ceinture usinière à trois gros nœuds : l’entreprise textile intégrée DMC qui, installée en 1800 à Dornach, se développe en s’étirant vers Mulhouse le long du Steinbächlein ; le pôle textile et métallurgique de la porte du Miroir (AKC, future SACM, a été fondée en 1836 par André Koechlin) ; enfin, le pôle textile de la porte Jeune (la Dentsche).
En 1812, la filature géante de DMC (récemment disparue) inaugure le siècle de la vapeur à Mulhouse. Les cheminées surgissent dans le paysage et leur fumée proclame la vitalité économique de la Cité.
Le canal du Rhône au Rhin, creusé dans les années 1810, est mis en service au début des années 1830 pour amener les matières premières pondéreuses jusqu’au bassin de déchargement (square Charles de Gaulle). Moins de dix ans plus tard, la troisième ligne ferroviaire de France transporte les produits chimiques depuis Vieux-Thann (entreprise Kestner fondée en 1808). En 1841, une gare est érigée à proximité du bassin du canal. Ces infrastructures de transport structurent pour partie un premier étalement de la tache urbaine.
La sortie hors-les-murs et l’énergie de la vapeur nécessitent de construire des bâtiments usiniers ad hoc. Ce sont ces usines-blocs, ces longs bâtiments à quatre ou cinq étages, flanqués de leur « bloc vapeur », que découvre le promeneur depuis le Rebberg.
Les transformations du paysage urbain ne se limitent pas au bâti industriel. La densification et la taudification de la vieille ville provoquées par le développement des manufactures ainsi que l’enrichissement rapide des familles industrielles amènent celles-ci à, elles-aussi, s’établir hors-les-murs : c’est la fin du « vivre ensemble » à l’abri des remparts et le début du « vivre entre soi », caractéristique de notre société industrielle. La construction en 1827 d’hôtels particuliers sur arcades, selon le modèle de la rue de Rivoli à Paris (1805), en un plan triangulaire proclamant l’appartenance de la plupart des industriels à la franc-maçonnerie, ainsi que l’installation de la toute nouvelle Société industrielle fabrique, à proximité de la gare et du bassin, un Nouveau Quartier qui est aussi le cœur économique de la ville.
Dans la seconde moitié du siècle, s’érige la Cité ouvrière, de l’autre côté de la vieille ville : elle est invisible depuis le promontoire du Rebberg, tout comme les faubourgs, les axes majeurs de circulation, etc.
Marie-Claire Vitoux,
Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Mulhouse et ses manufactures
Mulhouse et son nouveau quartier
Au 20e siècle, continuités et ruptures
Durant le Reichsland (1871-1918), l’élévation générale du niveau de vie permet l’émergence d’une classe moyenne qui peut s’offrir des loisirs et faire du tourisme. Les représentations de la ville se multiplient alors dans les journaux et dans les guides touristiques : du haut du Rebberg, Mulhouse est présentée comme ville de carte postale, sans fumée, parsemée de parcs, de jardins, de vergers. Le Rebberg lui-même a été profondément transformé : ses chemins creux sont empierrés, il est transformé en parcs et terrasses des villas qui s’y construisent. Il faut aller toujours plus loin pour retrouver les villages, les champs, les bottes de foin ou les gerbes de blé.
Pendant ce temps…les dynamiques d’urbanisation de la fin du 19e siècle se prolongent jusque dans l’entre-deux-guerres.
Les usines se développent et se transforment sur elles-mêmes. Depuis la seconde moitié du 19e siècle, les usines-blocs, avant de disparaître, sont flanquées de « sheds » qui s’étalent dans les réserves foncières des entreprises. La brique s’impose progressivement dans la construction (« red brick factories »).
Le réseau de tramways et une nouvelle ceinture ferroviaire alimentent le nouveau bassin, mis en service depuis 1874, au nord de la ville, à proximité des casernes.
Les points hauts se multiplient avec la construction de nombreux lieux de culte au début du siècle : leurs clochers accueillent des photographes qui donnent à voir le réel sans artifice. Les quartiers ouvriers et industriels apparaissent enfin sur les clichés, avec leurs rails, leurs cheminées, leurs immenses ateliers, leurs petites maisons et leurs rangées d’immeubles identiques.
Marie-Claire Vitoux, Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Reconstruction et urbanisme. La ville « en grand »
La Seconde guerre mondiale ouvre une nouvelle ère. Les bombardements de mai et août 1944 rasent des quartiers entiers. Dans les années 1960-1980, la crise économique entraîne le déclin irrémédiable des entreprises textiles d’abord, métallurgiques ensuite.
La reconstruction permet le remodelage de l’espace entre gare et rue du Sauvage. Le bâtiment annulaire (1955) est le navire-amiral de la modernité architecturale et urbaine de ces années-là.
Cette seconde moitié du siècle est surtout le temps des grands ensembles (les Coteaux, mais pas seulement) et de « l’adaptation » de la ville à l’automobile. C’est aussi l’époque où Mulhouse se cherche un nouveau destin européen, avec le quartier de la porte Jeune où, depuis 1974, se dresse la Tour de l’Europe devenue le symbole de la ville … et nouveau lieu propice aux « vues plongeantes ». Les emprises industrielles en déshérence laissent la place à de nouveaux quartiers résidentiels et commerciaux (Daguerre, Faubourg de Colmar), ainsi qu’à des équipements publics (lycées, La Filature).
Marie-Claire Vitoux, Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Epreuves de tables d’orientation pour la terrasse de la Tour de l’Europe
À l’aube du 21e siècle
Depuis les années 1960, la ville n’a cessé de continuer à s’étaler et de coloniser les espaces agricoles proches. La disparition des espaces interstitiels entre Mulhouse et les anciens villages alentours unifie la tâche urbaine en une agglomération sans discontinuité. Sur le ban communal, la phase d’extension urbaine est achevée ; désormais, c’est par renouvellement de la ville sur elle-même que s’opère son développement.
Résiduelle sur le site DMC et quelques autres lieux, en cours de renouvellement sur le site de l’ex-SACM, l’activité économique dominante en ville est maintenant largement commerciale ou tertiaire, à l’image de la porte Jeune, du campus de l’Illberg ou du parc des Collines, alors que l’industrie est désormais installée à l’écart de la ville (Ile-Napoléon et bords du Rhin notamment).
L’avion permet de prendre l’expression « vues du ciel » au pied de la lettre. Les clichés offrent aux aménageurs une information vraie et une image documentaire sans complaisance de la ville. Les artistes au contraire se saisissent de l’outil de la photographie aérienne pour sublimer la ville.
Marie-Claire Vitoux, Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
En introduction, regardons quelques plans de Mulhouse de 1830 à 1934, à l'époque où les transformations industrielles révolutionnent le centre ville. Plus qu'un relevé géographique et topographique, certains comportent de nombreux autres renseignements tels que les inondations successives, les réseaux de distribution d'eau...
Cette sélection de plans a été réalisée à l'occasion de l'exposition "Mulhouse vue d'en haut - 5 siècles de représentations iconographiques" à la Bibliothèque municipale de Mulhouse, en collaboration avec le service des Archives municipales de Mulhouse qui en conserve une partie.
(pour voir encore plus de plans de la Cité du Bollwerk, accéder à cette recherche sur Numistral)
La bibliothèque de Mulhouse conserve de très nombreuses ressources documentaires sur la ville. Très souvent édités durant la période germanique, ces ouvrages dressent un portrait qui se veut objectif, précis de Mulhouse. Nombre d'habitants, couches géologiques ... : ce sont des mines de renseignements pour les chercheurs contemporains!
Le chemin de fer passant par Mulhouse a donc facilité l'accès aux voyageurs du 19e siècle. Ils sont nombreux à être passés par la ville, laquelle a publié de nombreux ouvrages destinés à leur en faciliter la découverte. Des cinq guides que nous indiquons ici, quatre sont des publications mulhousiennes ! Parfois ouvrages illustrés, parfois livres d'adresses, ils aident aujourd'hui à se représenter la ville d'alors.
Cette brochure issue du fonds Armand Weiss (dépôt de la SIM) est un tiré à part d’un article paru dans la Revue d’Alsace, t. 1, p. 23-46, 1836. Comme il le précise dans un avis daté du 28 janvier 1836 (?), l’auteur prétend se défendre contre les accusations d’incendiaire et d’anarchiste que lui ont values la publication de son article.
La première partie est un pamphlet sur la Mulhouse industrielle de 1835. Venant de Strasbourg, ville où dominent l’artisanat et les services, Louis Levrault découvre la nouvelle civilisation industrielle dans une de ses expressions les plus achevées sur le continent européen. Il en est effaré !
La seconde partie mobilise l’histoire pour donner sens à son pamphlet. Sur une trame floue − deux dates seulement émergent de ce récit épique, 1466 et 1515 soit deux alliances avec les Suisses − Levrault illustre avec vigueur par des morceaux choisis, inventés ou parfois exacts, les progrès moraux des Mulhousiens, intrinsèquement « hargneux » et « querelleurs » en passe de devenir grâce à la venue de Louis XIV et de l’influence française « plus dignes de la vraie civilisation » (ce qui « reste » encore à faire en 1835 !). Levrault cherche dans l’histoire de la ville une explication à la violence de la condition ouvrière qu’il y trouve.
Pour en apprendre sur ce document et son contexte, consultez le trésor Numistral publié en février 2021 !
Le 25 mai 1836, à la Société industrielle de Mulhouse, Nicolas Koechlin annonce son intention de construire un chemin de fer entre Mulhouse et Thann. Le 6 août 1839, à 4 heures du matin, la locomotive « Napoléon » procède aux premiers essais et atteint Lutterbach en 8 minutes à 48 km/h. "C’est en voyant courir de pareilles machines qu’on peut s’écrier que la faculté de créer rend l’homme émule des Dieux" s’émerveille le journal L’Industriel alsacien !
En 1841 est construite en trois ans la ligne Strasbourg-Bâle, première grande ligne en France (170 ans plus tard, c’est toujours cette ligne qu’empruntent TGV et TER 200).
Voulu à l’origine par des industriels pour transporter des marchandises, le train est pris d’assaut par les voyageurs : c’est d’emblée un grand succès populaire. On prend le train pour ses affaires, mais aussi pour le plaisir, celui de la découverte des paysages, des voyages et bientôt du tourisme.
« Mulhouse, gare centrale », ce sont plusieurs gares successives : la première, provisoire, en 1839 pour accueillir le Mulhouse-Thann ; la deuxième, provisoire, en 1840 pour l’ouverture du tronçon Mulhouse-Saint-Louis ; la troisième, en 1841, pour permettre le passage du Strasbourg-Bâle. De ces premières gares ou « stations », il ne reste rien, sinon des plans et des images. Au 20e siècle, avec plusieurs décennies de retard sur Strasbourg et Colmar, Mulhouse inaugure sa nouvelle gare en 1932. Conçue dans l’euphorie de la prospérité des années 1920, elle est mise en service en pleine crise économique et, de ce fait, pas tout à fait achevée…
[extraits de l'exposition "Mulhouse Gare centrale" (2011-2012), dans le cadre du Pôle documentaire de la Fonderie. Les textes complets sont disponibles sur demande auprès de la bibliothèque municipale de Mulhouse]
Voir aussi la collection Numistral "Images du chemin de fer"
Les guides ci-dessous ne sont pas mulhousiens, mais la ville fait figure d'étape et est parfois décrite avec de nombreux détails.
Bien souvent, les voyageurs arrivent à Mulhouse alors qu'ils se rendent en Suisse (trajectoire nord-sud, très fréquente), ou au contraire avant d'atteindre Strasbourg, ville qui est considérée comme un des sommets du voyage (trajectoire sud-nord). Parfois, les touristes souhaitent découvrir les Vosges, et considèrent Mulhouse, ainsi que Colmar, comme un point d'accès aux hauts sommets et aux points de vue.
Cela explique pourquoi, bien souvent, la description de la ville ne lui est pas favorable : on comprend en effet la déception du touriste venu chercher de l'air frais et arrivant dans une cité industrielle, où le peu de temps passé ne lui permettra pas d'en comprendre l'histoire.
Plus rares sont les récits qui font état d'un désir de séjour prolongé à Mulhouse, ou qui mentionnent cette ville comme une destination finale. Certains industriels venus s'installer prennent parfois la peine d'écrire et de publier leurs premières impressions ... qui évoluent souvent avec le temps, une fois que l'âme de la ville a fait oublier son aspect rude et industriel.
Commençons avec un manuscrit de 1802, conservé à la Bibliothèque municipale de Mulhouse, racontant le périple de la Duchesse de Courlande à travers l'Alsace. Elle arrive à Mulhouse au milieu du livre ... et en repart vite pour arriver à Bâle, tout en notant au passage que c'est une ville "très propre".
Extrait de mon journal depuis mon départ de Löbichau le 1er de juin 1802 jusqu'au 18 octobre de la même année, Anne-Dorothée de Medem Courlande, 1802 (AW135, fonds Armand Weiss, Dépôt de la Société industrielle de Mulhouse)
Voyage pittoresque en Alsace : par le chemin de fer de Strasbourg a Bâle / par M. Th. de M. de Rouvrois . Risler (Mulhouse), 1844 (p. 226)
"Mais ce n’est pas par ses monuments de pierre, ce n’est pas par sa rue d’Altkirch dont les élégants et somptueux hôtels peuvent se comparer aux habitations les plus confortables des Champ s-Élysées ou du faubourg Saint-Honoré, à Paris, ce n’est pas même par ses nombreuses filatures […] ni par ses impressions sur étoffe qui en livrent plus de trois cents millions, ce n’est pas par ses fonderies, ses fabriques de machines, de produits chimiques, […] que Mulhouse mérite d’être signalée aux hommes d’intelligence et de cœur chargés d’administrer nos grandes cités manufacturières de l’intérieur; c’est par ses institutions d’instruction, de bienfaisance, et de moralisation que l’on peut citer pour modèles à la France entière."
"Mulhouse, ville de fabriques, très française. Plus intéressante pour l’ingénieur ou l’industriel que pour le touriste amateur de beaux sites et de riche nature. On peut s’y ennuyer consciencieusement pendant deux ou trois heures. Plus longtemps ce ne serait plus de l’ennui, ce serait la mort, une mort bien triste, au milieu du bruit des machines, dans la fumée des longues cheminées noires, et les odeurs répugnantes des usines."
"II a quelque chose de lugubre ce nuage qui, constamment plane sur Mulhouse. On s’imagine entrer dans une immense usine et l’on songe aussitôt à ces milliers d’êtres enfermés là-bas, créant la richesse au prix d’un dur travail. "
A l'automne 1828, le roi Charles X visite l'Alsace. Sur son chemin se dressent les arcs de triomphe, les tribunes, et on lui montre toute la richesse de cette région.
Pour conclure cette partie, il est intéressant de mentionner l'ouvrage d'Auguste Stoeber (voir le dossier consacré à la famille Stoeber), Curiosités de voyages en Alsace tirées d'auteurs français, allemands, suisses et anglais depuis le 16. jusqu'au 19. siècle (1874), qui recense les récits de voyage en Alsace de voyageurs de marque ! (voir par exemple les extraits "Bâle et Mulhouse en 1579. Extrait des Mémoires de la vie de Jacques-Auguste de Thou", p. 9, et "Montaigne en Alsace et à Bâle, 1580 et 1581", p. 15).
Le récit du séjour de Montaigne à Mulhouse a également été traité par Léonard-Georges Werner en 1933 dans cette brochure, consultable sur le site des Bibliothèques de Mulhouse.
Les rares vues médiévales de Mulhouse sont le fait de chroniqueurs de la fin du 15e siècle et du début du siècle suivant. Les plus fameuses sont incluses dans des chroniques helvétiques retraçant la construction politique de la Confédération (Diebold Schilling l’Ancien et le Jeune). Or, les illustrateurs de ces textes représentaient la ville sans s’y être jamais rendu. Mulhouse était alors parée des caractéristiques communes à toutes les villes de l’Occident médiéval : murs d’enceinte, place centrale, lieux de culte. Leur priorité était de restituer la puissance de l’alliée mulhousienne sous les aspects politiques, civiques, militaires et économiques. Seul le dessin des armoiries permettait d’identifier Mulhouse. Ce parti-pris artistique n’est de loin pas isolé. Les représentations médiévales sont davantage métaphoriques que figuratives.
Le souvenir de la Cité du Bollwerk au temps du Moyen Âge a engendré une production artistique tardive et singulière. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’architecte et artiste mulhousien Alfred Fleck (1887-1974) explore le passé monumental mulhousien en publiant des essais de restitution de l’église médiévale Saint-Etienne peu avant sa destruction mais surtout une reconstitution de Mulhouse vers 1600, en empruntant le tracé des remparts. Certes, le tournant des 16e et 17e siècles s’éloignait du Moyen Âge mais la physionomie de la ville, enserrée dans ses murs, n’avait que peu évolué. Comme les tours du Diable, Nessel et du Bollwerk avaient été largement remaniées à la fin du 19e siècle, le travail de Fleck, même s’il est subjectif, permet d’en donner une image aussi fidèle que possible à la fin du Moyen-Âge. De son travail de recherche n’a été publiée qu’une partie des planches de l’artiste dont la collection a été déposée à la Bibliothèque municipale.
La ville médiévale a suscité la curiosité et l’intérêt d’artistes et architectes locaux qui ont pu relever et imaginer de possibles reconversions pour des bâtis médiévaux. L’exemple le plus pertinent est le travail mené par Bernard Michau autour du quartier ancien encore subsistant entre la Porte Haute et la Tour Nessel. La vétusté et la dangerosité de cet ensemble qui s’étirait le long des anciennes murailles imposa leur destruction à la fin des années 1970. Les éléments d’une maison adossée aux murs d’enceinte servent de base à la « Maison forte » de l’Ecomusée d’Alsace et le linéaire des fortifications du Jardin des senteurs permet d’approcher au plus près de la réalité du Mulhouse médiéval. Les planches de ces travaux de restitution, menés dans les années 1970, sont conservées aux Archives de Mulhouse.
Le Mulhouse médiéval appartient donc graphiquement à un Moyen Âge imaginé, métaphorique et restitué qui laisse une large part à l’interprétation.
David Bourgeois,
Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
16e siècle : de l’abstraction au réalisme
L’avènement de l’imprimerie et le perfectionnement de ses techniques ont permis de diffuser à grande échelle connaissances et images. Le 16e siècle voit se développer de nombreuses initiatives éditoriales d’historiens, de géographes, de cosmographes dans lesquelles Mulhouse est illustrée en plusieurs occasions. Johannes Stumpf, théologien et historien suisse (1500-1578), l’intègre dans sa chronique et sa topographie des cantons suisses, publiée en 1548 à Zurich. Cette vue fixe l’un des canons de la représentation de Mulhouse à partir du 16e siècle. On y admire la ville depuis le Rebberg avec, dans le fond, le massif des Vosges des environs de Thann à ceux de Soultz, au relief délibérément exagéré. Les fossés (remplis d’eau comme le montre une version colorisée et dont l’espace entre chacun d’eux est exagéré), les murs et de hautes tours et portes proclament la puissance militaire tandis que s’élancent vers le ciel l’église paroissiale, les églises des anciens couvents – celles des franciscains et des augustins sont les plus facilement repérables -, alors que Mulhouse était passée à la Réforme en 1523. Ce schéma pictural est repris entre 1550 et 1587 puis sous la plume d’historiens mulhousiens qui, en 1890, identifient les principaux lieux en se fondant sur l’œuvre de Stumpf.
Le point de vue est repris par le géographe allemand Georg Braun (1541-1622) et le cartographe flamand Frans Hogenberg (1535-1590) dans le Civitatis orbis terrarum (Cités du monde) édité à Cologne entre 1572 et 1618. Dans ce recueil, Mulhouse depuis le sud, semble une nouvelle fois adossée aux Vosges. Les principales villes du piedmont (Thann, Cernay, Uffholtz, Wattwiller, Soultz) rythment l’arrière-plan. Comme sur l’illustration de Stumpf, l’importance des forêts alentours est manifeste, davantage dans la plaine (Forêt de la Hardt) que sur les monts vosgiens objets d’une intense exploitation forestière. Autour de la ville au parcellaire resserré, les fossés sont à nouveau représentés très espacés les uns par rapport aux autres, accentuant l’impression de puissance défensive et d’étendue du territoire urbain. Initialement entourées d’un seul canal, les murailles sont à partir du XVe siècle bordées de quatre canaux au sud, trois au nord. Ici sont visibles, de haut en bas : le Traenkbach, le Mittelbach, le Karpfenbach et le Sinnenbach. Les auteurs se sont fondés sur la vue de Stumpf sans s’être confrontés à la réalité du terrain. Néanmoins, cette vue constitue une source précieuse dont s’inspira un artiste anonyme du 19e siècle qui, faussement, date le thème de son œuvre aux alentours de 1550.
Le 16e siècle ouvre une nouvelle ère dans la restitution picturale de la ville. L’abstraction fait peu à peu place à davantage de réalisme. La représentation de la ville, dans les pages des ouvrages savants, gagne en réalisme tout en mettant en avant la puissance civique et militaire de la cité à travers son système défensif.
David Bourgeois,
pour la Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Gravures du 17e siècle
Les vues de Mulhouse au 17e siècle se situent dans la continuité de celles du 16e siècle : elles n’innovent pas dans la facture des dessins qui reprennent l’essentiel du descriptif des vues du siècle précédent ; elles continuent à être prises depuis le Rebberg en direction des Vosges. Du moins l’usage systématique de la gravure sur cuivre leur donne-t-il une plus grande précision de détail, une plus grande lisibilité topographique.
La petite vue de 1625, portant la devise « Ex bello quies » inscrit Mulhouse dans un vaste projet européen philosophico-politique quelque peu fumeux que traduit la présence au-dessus de la roue (pas celle de Mulhouse, c’est une roue de charrette, non de moulin !) entrelacée d’une branche d’olivier, censée recommander la prière à Dieu d’accorder aux peuples « la paix, le repos et l’union » : n’oublions pas que nous sommes au cœur de la féroce guerre de Trente ans qui a épargné la ville. Du moins la gravure se révèle-t-elle particulièrement détaillée. On y lit clairement un système défensif dépassé, hérité du Moyen-Âge ; désormais inadapté à l’usage de l’artillerie, il permet du moins d’éviter les maraudeurs de tous ordres. Les historiens ont aussi relevé le clocher fantaisiste de l’église des Franciscains, l’actuelle église Sainte-Marie.
Le plan Merian de 1642 est bien connu. Il s’inscrit dans le projet monumental des seize volumes de la Topographia Germaniæ du Bâlois Matheus Merian. Fondé sur un plan manuscrit fourni au graveur par la ville en 1641, il est proche du plan lui aussi manuscrit dit « de Berne » conservé actuellement au Musée historique de Mulhouse. La représentation de la ville y est très précise comme le prouvent les annotations chiffrées indiquant les principaux bâtiments. On y lit aussi les 36 rues et les 22 fontaines et puits. Il faut cependant remarquer que les maisons répétitives de certaines rues et les arbres des zones encore non construites au Sud-Ouest de la ville ont été réalisés en série. Ce plan nous est cependant devenu difficile à lire dans la mesure où le Nord n’est pas en haut, comme l’indique la boussole en bas à gauche (« Sep. » pour Septentrion y désigne le Nord). Ce plan Merian a pris très vite une dimension hautement symbolique pour les Mulhousiens : dès 1666, trois bourgmestres de la ville commandent pour la salle du Grand conseil de l’hôtel de ville, haut lieu de la vie politique mulhousienne, un vitrail le reproduisant à l’identique et il continue à être régulièrement reproduit.
Ce plan est accompagné dans sa version de 1644 par une vue de la ville qui ne diffère que fort peu des vues précédentes, sinon par le dessin plus réaliste des Vosges. L’église Saint-Étienne y est aussi mieux dessinée : on y lit clairement le chœur, plus haut que la nef. La présence d’une croix sur le clocher de ce lieu de culte réformé intrigue les historiens. La régularité, digne d’un parc, des arbres bordant les fossés est sans doute un caprice du dessinateur…
La vue de Christophe Riegel de 1690 n’est qu’une modeste copie de la vue de 1625. Elle témoigne, si besoin est, des pratiques de l’édition de l’époque, copiant volontiers les gravures existantes pour les besoins de nouveaux ouvrages.
Bernard Jacqué,
pour la Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Les vues de Mulhouse du 18e siècle renouvellent moins la vision topographique de la ville que l’esprit dans lequel est désormais représenté le paysage urbain. Et alors même que la ville se transforme fondamentalement avec l’essor des manufactures d’indiennes à partir de 1746, rien n’en apparaît dans les représentations de l’époque.
C’est en particulier le cas de la vue de David Herrliberger de 1754-56 : elle s’inscrit dans une Topographie nouvelle et complète de la Confédération, un recueil de 328 planches destiné aux touristes qui visitent la Suisse et en collectionnent les vues comme nous le faisons avec les cartes postales. Résultat, si la ville est toujours vue depuis les premières pentes du Rebberg, celle-ci ne tient plus qu’une place réduite sur la gravure. Quant au Rebberg, il est soigneusement décrit sur le plan végétal : on y voit même pour la première fois dans une gravure quelques pieds de vigne. Il donne lieu aussi à des scènes bucoliques avec un berger gardant ses vaches (il n'y a pas de pâturages au Rebberg…), un élégant couple devisant, un dessinateur, un chasseur, un flâneur admirant le paysage… En clair, nous sommes plutôt dans la Nouvelle Héloïse qu’à Mulhouse ! Cette vision idyllique est d’autant plus étonnante qu’à cette date, des manufactures d’indiennes ont, depuis une dizaine d’années, commencé à transformer la ville, ce qui n’apparaît ici d’aucune manière. Remarquons au passage la principale nouveauté apparaissant dans l’architecture de la ville : le clocher désormais baroque de Saint-Étienne depuis 1707, avec sa galerie pour surveiller les départs d’incendie et son bulbe.
Dans les années qui suivent, les certificats de compagnonnage reprennent cette vue sans ajout majeur, mais avec une plus grande précision dans la représentation des bâtiments. Si les détails bucoliques restent bien présents, ils sont désormais moins nombreux et plus sobres.
Bernard Jacqué,
pour la Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse
Le fonds d’archives de l’Institut Charles Sadron (ICS) présent sur Numistral se compose de 510 pièces, essentiellement des photographies et feuilles calques ou annexes identifiant les personnes figurant sur les clichés...