Ce document en deux volumes présente les œuvres de l’artiste Camille Moreau. Il est illustré d'un frontispice photographique et de 125 planches photographiques reproduites en héliotypie. Les deux volumes sont munis de couvertures à rabats ornées des initiales de l’artiste. Il s’agit d’un des 200 exemplaires numérotés édités en 1899 à Paris. Le premier volume présente l'œuvre céramique, le second les tableaux et les tapisseries.
Une vocation artistique facilitée par un environnement favorable
Camille Moreau-Nelaton nait à Paris en 1840 dans une famille de la Haute bourgeoisie. Elle est la fille ainée d’Auguste Nélaton (1807-1873), un médecin et chirurgien de renom, qui fut le chirurgien personnel de l’empereur Napoléon III. Formée au dessin par son oncle l’artiste-peintre Jules Nélaton, elle épouse à 19 ans Adolphe Moreau, son aîné de 13 ans et entre ainsi dans une famille où l’art occupait une grande place. Son beau-père, ancien agent de change richissime et fantasque, avait une importante collection de tableaux contemporains et son époux Adolphe collectionnait le mobilier et les objets anciens. Le couple Moreau fréquentait des artistes et Camille dut sa formation de peintre animalier aux peintres Otto Weber et Auguste Bonheur.
Une artiste restée quasi confidentielle
Etienne Moreau-Nélaton, le fils unique de Camille, peintre et historien de l’art, publie cet ouvrage quelques années après la mort tragique de sa mère et de son épouse dans l’incendie du Bazar de la Charité, où 125 personnes périrent. Cette première publication de l’auteur constitue un catalogue de l’œuvre de sa mère, presque raisonné et abondamment illustré.
Si l’œuvre de Camille Moreau est peu connue en France, sa production de céramiques connut de son vivant un grand succès auprès d’amateurs, tant français qu’étrangers : à l’Exposition universelle de 1878, ses œuvres sont acquises par la baronne Nathaniel de Rothschild, par la galerie Tiffany de New York, par des amateurs anglais mais aussi le musée de la céramique de Limoges. Après s’être d’abord adonnée à la peinture, elle découvre le fameux service Rousseau de Felix Braquemond à l’Exposition universelle de 1867 et décide de réaliser son propre service en collaboration avec sa sœur et son mari. Cet ensemble de faïences se distingue par l’intégration de motifs inspirés par des estampes japonaises, tandis que l’art japonais commence à séduire l’Europe.
Une artiste unique dans le monde de la céramique d’art du XIXe siècle
Après ses premiers essais en amateur, c’est auprès du grand céramiste Théodore Deck que Camille fait son apprentissage technique. La génération de Camille Moreau est la première où les peintres sur faïence s’affirment comme de véritables artistes, signant leurs œuvres. Tout au long de sa pratique artistique, Camille Moreau n’a cessé de chercher et d’expérimenter de nouvelles solutions techniques.
Les œuvres novatrices de ces artistes céramistes de la seconde moitié du 19e siècle ne cherchent pas à atteindre l’échelle industrielle. Ces artistes restent volontairement attachés à une fabrication artisanale, connaissant de nombreux échecs, et où chaque œuvre résulte d’un tour de force. La production de Camille Moreau resta limitée à cette production artisanale, ce qui limita sa diffusion à un cercle étroit de connaisseurs et de musées.
Aucune autre étude monographique n’a été consacrée à la céramiste depuis la publication de cet ouvrage, il y a plus de 125 ans.
Autrice : Mélanie Lecarpentier, bibliothécaire de liaison SHS au Learning Center, bibliothèque universitaire de la Fonderie
Document présenté
Camille Moreau : Peintre et céramiste : 1840-1897 / [Notice et catalogue par Étienne Moreau-Nelaton] Paris : H. Floury, 1899, 2 volumes conservés à l’université de Haute-Alsace, bibliothèque universitaire de la SIM, cotes BX GF 568 et BX GF 569
Pour aller plus loin
À la Bibliothèque universitaire de la BUSIM
Camille Moreau-Nelaton : une femme céramiste au temps des impressionnistes : [exposition au Musée de la céramique, Rouen, 3 avril au 7 septembre 2020] / sous la direction d'Alexandra Bosc ; [commissariat Alexandra Bosc et Xavier de Massary] Milan : Silvana Editoriale, 2020 (738 CAM)
En ligne
Site de l’association Rétro-Visions en Tardenois :
https://www.retrovisionentardenois.org/personnalit%C3%A9s/camille-moreau-n%C3%A9laton/
Société historique et archéologique de Château Thierry, Tome 43, p. 147, article de Xavier de Massary : Camille Moreau, une femme peintre et céramiste au XIXe siècle :
https://www.histoireaisne.fr/memoires_numerises/chapitres/tome_43/Tome_043_page_147.pdf
Notice de Michela Passini et Vincent Pomarede sur Etienne Moreau-Nelaton, sur le site de l’INHA, Institut National d’Histoire de l’Art :