Médaille sur la construction du monument du Hartmannswillerkopf, 1925

Il y a cent et un ans était frappée cette grande médaille de bronze (50 mm), pour accompagner la construction du monument aux morts français du Vieil Armand, ou du Hartmannswillerkopf. L’auteur ou graveur de la médaille est Antoine Henri Lavrilliers (1885-1958) mais les motifs choisis sont directement copiés sur les œuvres des deux artistes qui ont construit et orné le monument : l’architecte Robert Danis (Belfort 1879- Paris 1949) et le sculpteur Antoine Bourdelle (Montauban 1861 – Le Vésinet 1929).

L’avers montre le monument au mort vu de face, vers l’entrée de sa crypte. Seule intervention de l’artiste médailleur : le rayonnement qui émane de l’autel disposé au-dessus de la crypte, qui correspond à celui qui occupe l’intérieur du monument. Ce sont deux « gloires », concept à la fois visuel et militaire. 

La médaille a été frappée au tout début de la construction du monument, lorsque le projet des deux artistes a été accepté ; elle porte la date de ce démarrage : 1925. Sa construction s’étale jusqu’à 1930, date de son inauguration. Le rendu est très fidèle au projet et à la réalisation. La « gloire » intérieure représente fidèlement la grille réellement mise présente dans le monument.

Si le monument a en lui-même une capacité d’envoûtement considérable, due à toutes sortes de combinaisons de matières, de teintes et de couleurs, d’emplacement et d’orientation, sans parler de sa terrible signification, les deux anges porte-épée qui encadrent son entrée sont eux-aussi au plein sens du terme des œuvres d’art magistrales, peut-être même au-delà. Ces statues-colonnes ne sont pas des bas-reliefs comme pourrait le faire croire la médaille, mais forment comme les panneaux moitié repliés d’un portail, immobilisé dans le temps.

Les ailes font dans la réalité un angle dont le corps puissant de l’ange serait le gond. Anges, archanges ou Victoires ? difficile à dire mais certainement rappel de l’invitation de la mort que le soldat a ressenti sur ce lieu. Les ailes sont comme deux guérites taillées dans la masse rugueuse de la montagne et la coiffe des personnages reliée à l’arc des ailes font penser à une carapace, à un blindage de tranchée. Quant aux visages, eux-aussi rugueux et presque terreux, ils n’engagent pas au sourire mais à un silence qui contemplerait de douloureux souvenirs intériorisés. Ils sont mâles, comme les bras et les genoux et les mains le montrent. Leur chevelure, sous leur coiffe, leur vêtement long donne une possible dimension féminine. 
L’art-déco trouve en ce monument une des principales réalisations dans notre région. L’architecte a par ailleurs œuvré au Mont Sainte-Odile, pour le réaménager, et il dirigeait à l’époque de cette médaille et de ce projet l’Ecole régionale d’architecture de Strasbourg, qui était installée dans le Palais du Rhin. Le Vieil Armand est un des lieux clé de la région, étant donnée l’histoire qui s’y est déroulée et par l’attention qui lui a été portée dans l’entre-deux-guerres. Cette médaille en est un témoignage convaincant, un monument dédié à ce monument. On trouvera sur Numistral tout le corpus de monnaies et de médailles en lien avec la période de la guerre de 14/18 que possède la Bnu (soit 428 « objets »). L’occasion d’étudier « sur pièces » les stylistiques employées, les rhétoriques utilisées, les systèmes de représentations souvent spectaculaires mis en œuvre à diverses fins par les divers acteurs ou spectateurs du drame. Ici, l’on touchera l’impressionnante sobriété d’un message silencieux, invitant à la contemplation intériorisée d’un des tombeaux de nos mortelles civilisations.
 

Auteur : Daniel Bornemann (BNU)

 

Objet présenté

Médaille en bronze conservée à la Bnu : II 38 (B5), voir la notice du catalogue ; voir le document sur Numistral.

Pour aller plus loin